Pharmakon de Bernard Stiegler : le séminaire en (hyper)texte

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Présentation de l'édition

Entre 2018 et 2019, Michel Blanchut a « profité d'une période d'immobilisation à domicile pour retranscrire les séminaires Pharmakon » du philosophe Bernard Stiegler, qui se sont déroulés entre 2012 et 2020, et dont tous ceux entre 2014 et 2020 ont été enregistrés. Dans sa prise de contact avec l'association Épokhè en mars 2025, Michel Blanchut a proposé de partager ses retranscriptions, en vue de les rendre accessibles plus largement, dans la continuité de la publication de l'ensemble des enregistrements de cette « école de philosophie de Bernard Stiegler » que constituait Pharmakon sur l'instance Peertube de la MSH Paris-Nord.

Ce « travail personnel », amateur au sens stieglerien, a d'abord été fait au travers du logiciel de traitement de texte Microsoft Word, en format .docx. Ces retranscriptions servaient pour Michel Blanchut de « supports mnésiques (une façon de 'congeler le temps') dans le cadre de [ses] réflexions ou de [ses] lectures ». Pour les dernières retranscriptions, il s'est aidé du logiciel de transcription automatique cokatoo, suivies de relectures et corrections importantes. Au travers de ces retranscriptions humaines et relectures attentionnées, le nombre d'erreurs (pour des notions en langue étrangères ou les noms d'auteurs, par exemple) est significativement réduit, faisant de ce corpus des sources précieuses pour la recherche, au-delà d'un seul usage personnel. C'est pourquoi j'ai souhaité le valoriser, au travers d'une édition Web enrichie et accessible au plus grand nombre, avec la confiance et le suivi de Michel Blanchut, ainsi que de Marcello Vitali-Rosati.

Cette édition se veut être une boussole pour faciliter la navigation dans l'immense corpus de plus de 100 heures d'enregistrements des séminaires Pharmakon de Bernard Stiegler et, plus largement, dans sa philosophie. Les séminaires, véritable recherche en train de se faire du philosophe durant les 6 dernières années de sa vie, s'articulaient étroitement à ses ouvrages et travaux en cours. Cela fait de leurs retranscriptions « en hypertexte » une loupe historique précieuse sur sa pensée et son contexte. Ce qui est frappant dans leur navigation, c'est à quel point Bernard Stiegler travaille sa philosophie avant tout par la lecture : opérant des articulations entre différents textes qu'il reprend et réinterprète, à la lumière de l'actualité et de la théorie d'économie politique « organologique » qu'il tente de consolider, entre autres, au travers de son école de Philosophie Pharmakon. C'est pourquoi j'ai entrepris un travail important d'indexation de l'ensemble des textes cités, en fournissant en fin de chaque année de retranscription une liste de titres qui, s'ils manquent d'informations bibliographiques (du fait de la nature même d'une communication parlée), donnent toutefois un aperçu synthétique de l'ensemble des textes qui ont constitué, pour Bernard Stiegler, un point de départ ou une ancre référentielle dans son propos, souvent tentaculaire.

Avoir une édition en hypertexte des séminaires Pharmakon permet d'appuyer notre consultation de leurs enregistrements audiovisuels et de l'encourager. Cette édition se pense comme complémentaire aux enregistrements et non pas à prendre seule « en elle-même » : ces premiers, en plus de leur valeur expérientielle (si ce n'est, pour certains, « thérapeutique »), préservent la complexité émotionnelle communiquée par les intonations de la voix de Bernard Stiegler et ses gestes corporels, que l'on perd évidemment, lors du passage à l'écrit. Avoir les retranscriptions mises en hypertexte, néanmoins, permet de consulter le corpus des séminaires Pharmakon de manière non-linéaire, sans devoir visionner son intégralité pour savoir exactement quand il parle de telle notion ou de tel auteur, etc. Cela fait de cette édition une matière particulièrement précieuse pour la recherche, au-delà du plaisir que l'on peut prendre à écouter les enregistrements.

Enfin, cette édition s'inscrit dans le contexte du séminaire de recherche « Littérature et culture numérique » de Marcello Vitali-Rosati, d'automne 2025 à l'Université de Montréal. Ce séminaire, dont vous trouverez le support en accès libre à ce lien (support qui, comme cette édition, a été généré avec le Pressoir), portait sur la modélisation textuelle et, plus largement, « sur la manière dont le numérique – en tant que phénomène culturel et non en tant qu’ensemble d’outils techniques – change le statut de la littérature ». Avec son soutien et ses retours, cette édition a pu être réalisée également dans ce cadre, en décembre 2025, en guise de projet final pour son cours à l'occasion de mon doctorat avec lui en Littérature, option Humanités Numériques à l'Université de Montréal.

Outils utilisés

Cette édition a notamment été construite au travers du Pressoir, un générateur de livres Web « augmentés » pour les Sciences Humaines et Sociales (SHS) développé dans le cadre des activités de recherche du Laboratoire sur les écritures numériques. Si cet outil s'adresse aux corpus textuels plus traditionnels des monographies - en vue de fournir une version Web complémentaire à une version papier et en accès libre, il semblait être malgré tout un outil adéquat pour générer une édition Web des retranscriptions de Michel Blanchut, qui aurait pour enrichissements :

  • l'intégration des enregistrements vidéos en contenus additionnels ;

  • la navigation en fonction de termes recherchés, ainsi que le nombre de leurs occurences ;

  • une indexation fine des textes, au travers d'une annotation infratextuelle ;

  • la possibilité ouverte de l'annotation sociale via le plugin Hypothesis directement intégré à l'outil.

En outre, cet outil étant un de mes terrains de recherche de thèse, il constitue un outil propice à mobiliser dans mon approche de « recherche-action ». Dans quelle mesure cet outil peut-il dépasser son cadre et son modèle initial, afin d'enrichir et de rendre accessible sur le Web des séminaires retranscrits ? Qu'est-ce que ce « détournement » éclaire, tant en termes d'atouts que de limites du Pressoir, pour des corpus de textes en SHS ? Quels sont les gestes permis par les affordances d'une textualité Web, relativement à un support audiovisuel ou un support papier ?

Plusieurs autres logiciels et scripts ont été mobilisés ou constitués ad hoc pour automatiser le travail de conversion, d'édition et d'annotation infratextuelle de ce corpus. Pandoc tout d'abord, pour convertir les fichiers du format .docx au format Markdown - garantissant par la même occasion la pérénnité, l'intéropérabilité et l'ouverture des fichiers sources, au travers de ce format non-propriétaire de structuration de textes numériques. Des scripts en BASH et en Python, ensuite, ont été constitués pour chercher des expressions régulières et indexer automatiquement les titres de textes (mis en italique par Michel Blanchut) et des noms d'auteurs principaux du corpus de Bernard Stiegler (bien qu'il ait fallu repasser après ces scripts automatiques, compte tenu des autres occurences d'italiques commençant par une majuscule). Enfin, le système de contrôle de version Git, a été utilisé tout au long de l'édition, pour garder un historique précis et commenté des modifications apportées au corpus.

Choix éditoriaux

Lors de ses retranscriptions, Michel Blanchut a entrepris quelques choix concernant leurs structurations. Des phrases ou bouts de phrases qu'il considérait subjectivement comme plus importants ont été mis en gras, tout comme quelques notes rajourées pour renvoyer à des documents évoqués par Bernard Stiegler. Nous avons gardé l'entièreté de ces appropriations personnelles, et, pour visibiliser le geste de retranscription, les time code figurant au début ou à la fin de la plupart des retranscriptions, en police de code.

Mises ensembles, ces retranscriptions constituent une « carte » particulièrement fidèle au « territoire » des enregistrements des séminaires. Si « l'idée de ces retranscriptions est de coller au plus près du texte parlé (avec toutes les hésitations, retours sur la phrases, propres à Bernard Stiegler) », « certaines redondances inutiles à la compréhension » ont été évitées.

En ce qui concerne l'édition et la mise en forme de ces retranscriptions avec le Pressoir, j'ai dû faire de nombreux choix. En voici quelques-uns particulièrement importants pour le sens de l'édition, ainsi qu'une brève justification de leurs principes théoriques :

  • Le Pressoir étant développé à la base pour des monographies, la division (le mapping) a été faite ainsi : en termes du Pressoir, les séances correspondent à des « chapitres », les années à des « livres » (les programmes de ces années faisant guise « d'introductions ») et l'ensemble des années à une « collection », dont nous reprenons par ailleurs celle faite pour la collection « Parcours Numériques » des Presses Universitaires de Montréal. Une telle segmentation entend laisser aux navigateurs·ices de cette édition la possibilité de pouvoir choisir au mieux à quel niveau de granularité iels entendent se placer, au sein de ce corpus.

  • Les enregistrements de chaque séance ont été placés comme « contenus additionnels » en début de chaque retranscription, pour inviter les navigateurs·ices à ne pas substituer la version parlée des séminaires à leurs versions retranscrites. En outre, leurs titres indiquent, dès le début de chaque séance, la date précise à laquelle ces séminaires ont eu lieu, tels qu'indiqués sur le site IRI-ressources.

  • Les annotations infratextuelles - celles qui génèrent les index - sont rendues graphiquement de deux manières : les auteurs sont soulignés dans le corps des séances, et renvoient à la fiche Wikipédia qui leur correspond. Les textes, quant à eux, sont affichés graphiquement en bleu dans le corps du texte, sans renvoyer, ni à une référence bibliographique précise, ni à un lien particulier en ligne. Le bleu permet de souligner la dimension intertextuelle de ces références, en renvoyant à la couleur traditionnelle des hyperliens sur le Web ; le fait qu'elles ne soient pas soulignées suggère qu'il n'y a pas de renvois spécifiques. En effet, au lieu d'essayer de supposer des éditions particulières des textes mentionnés par Bernard Stiegler, nous laissons aux navigateurs·ices de cette édition la responsabilité et liberté de consulter les éditions papiers ou en ligne qu'ils souhaitent.

  • Enfin, le corpus stieglerien étant particulièrement ardu à naviguer et à appréhender sans glossaires, nous plaçons en fin de chaque « livres » (années) une page spécifique renvoyant aux principaux vocabulaires mobilisés par la communauté de recherche et d'amateurs gravitant autour de la philosophie de Bernard Stiegler, ainsi qu'à une indexation contributive de citations de Bernard Stiegler qui éclaire ses notions et concepts.

Limites de cette édition

Fruit d'un travail essentiellement amateur, cette édition des retranscriptions des séminaires Pharmakon de Bernard Stiegler comporte certaines limites, à commencer par de probables fautes de frappes disséminées dans le corpus. Si vous en constatez d'importantes, merci d'en faire part en envoyant un email à cette adresse.

Surtout, cette édition est incomplète : n'en font pas partie, ni les séances de séminaires Pharmakon avec l'intervention d'un invité de Bernard Stiegler, ni les discussions faisant suites aux interventions (hormis quelques exceptions), ni évidemment, les séminaires de 2012 et 2013, qui n'ont pas été enregistrés.

Enfin, une liste d'auteurs seulement partielle a permis de générer automatiquement les index des auteurs cités, bien que je l'ai élaboré de manière à inclure les principales références des séminaires. Pour les autres, nous vous invitons à retrouver leurs mentions dans le corpus en utilisant la fonctionnalité de recherche intégrée !

Vos retours et suggestions d'améliorations sont les bienvenues - cette édition étant ouverte à quelques mises à jour - à l'adresse générique de l'association Épokhè.

Victor Chaix, décembre 2025